Crise De 2008 Explication Essay

Dossier réalisé par Marianne Bliman, avec Julie Carceller

1. Qu'est-ce que le "subprime" ?

Les crédits "subprime" sont des prêts immobiliers accordés à des ménages américains aux revenus modestes. Si les mensualités de remboursement sont abaissées les premières années, ces prêts sont consentis à des taux d'intérêt variables et de niveau élevé. Ces conditions d'octroi font peser un risque de solvabilité sur ces ménages. En raison de la fragilité de leur situation financière, ceux-ci peuvent en effet se retrouver en situation de ne plus pouvoir faire face aux échéances de remboursement de leur crédit immobilier. Le Center for Responsible Lending chiffre à quelque 20% la proportion, aux Etats-Unis, d'emprunteurs "subprime" qui pourraient perdre leur logement.

En 2006, les crédits "subprime" ont représenté 24% des nouveaux crédits immobiliers octroyés aux Etats-Unis. En fin d'année, leur encours atteignait près de 13% du total des crédits hypothécaires aux Etats-Unis (10.200 milliards de dollars), contre 8,5% en 2001.

2. Les mécanismes de la crise

La hausse des taux d'intérêt directeurs de la Réserve fédérale (Fed) a entraîné celle des taux des crédits immobiliers outre-Atlantique. En effet, confrontées à un coût de l'argent plus élevé pour financer leurs besoins, les banques ont répercuté ces conditions plus sévères sur leur clientèle.

Parallèlement, l'assèchement de la demande de biens immobiliers a tiré les prix de ces derniers vers le bas, entraînant du même coup une diminution de "l'effet richesse" des ménages - la valeur de leurs appartements et maisons ayant baissé, leur richesse potentielle s'est en effet amoindrie. La conjonction de ces deux évolutions défavorables a conduit à une hausse des défauts de paiement voire, dans certains cas, des situations d'insolvabilité de foyers. L'impossibilité de rembourser leurs prêts dans laquelle se trouvent ces ménages pèse sur des établissements de crédit spécialisés comme New Century, numéro deux du "subprime" américain confronté à de graves difficultés financières.

3. L'ensemble de la sphère financière gagnée par la défiance

Ces défaillances ont entraîné des réactions en chaîne sur les marchés. La courroie de transmission : les véhicules de titrisation. Technique financière sophistiquée, la titrisation consiste à transférer des actifs ou les risques de crédit y afférents sous une forme structurée à des investisseurs tiers. Elle donne lieu à une émission de titres sur les marchés de capitaux, adossés aux actifs sous-jacents (crédits hypothécaires, par exemple) et regroupés par "tranches". Certaines de ces tranches incluaient des crédits touchés par des défaillances ou défauts de paiement de ménages. Les investisseurs se sont alors retirés de ces produits qu'ils considéraient comme trop risqués. Conséquence : certains fonds n'ont plus pu être cotés - parmi lesquels trois gérés par BNP Paribas. L'absence de demande pour certains titres contenus dans ces fonds a en effet empêché de calculer la valeur liquidative de ceux-ci - la valeur liquidative résultant de la confrontation de l'offre et de la demande.

Les opérateurs ont des comportements souvent suivistes et l'information circule très vite sur les marchés. La défiance vis-à-vis des produits de titrisation s'est propagée à d'autres segments de marché, notamment celui des "commercial paper" - titres de créances négociables émis par les entreprises sur le marché monétaire donc de court terme -, qui représentent d'énormes montants. Les investisseurs n'ayant plus confiance dans ces actifs, ils s'en sont retirés - pour se reporter sur des instruments qu'ils jugeaient plus sûrs. Conséquence : cette chute de la demande a entraîné un assèchement de la liquidité sur les marchés.

4. Les banques centrales à la rescousse

Devant ce déficit de liquidités, les banques centrales ont décidé d'intervenir pour casser une spirale baissière des marchés et fournir aux établissements bancaires et financiers les fonds dont ils avaient besoin pour leur activité. Concrètement, elles ont injecté massivement des liquidités dans le circuit monétaire. Au cours de la seule première semaine d'août, par exemple, les instituts d'émission américain, européen et asiatiques ont ainsi mené des actions concertées au cours desquelles elles ont fourni plus de 330 milliards de dollars aux marchés.

L'analyse de Christian de Boissieu, professeur des Universités et président du Conseil d'analyse économique :

L'analyse de Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis :

Outre ces injections de liquidités, les banques centrales ont agi via leurs taux d'intérêt directeurs. Le 18 septembre 2007, la Fed a donné un signal fort en réduisant d'un demi point le niveau du taux d'objectif des "Fed funds", son principal taux d'intérêt directeur. Ce taux - que les banques américaines appliquent lors de leurs échanges entre elles pour emprunter des "Fed funds" - a été fixé à 4,75%. Son homologue européenne a également fait preuve de pragmatisme en la matière. Alors que se profilait un resserrement de la politique monétaire dans la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a, devant les turbulences des marchés, opté pour le statu quo en septembre.

5. L'économie réelle frappée à son tour

L'impact négatif de la crise du "subprime" sur les banques ne fait pas de doute, ni aux Etats-Unis, ni, dans de moindres proportions, dans les autres pays développés.

Mais le secteur financier n'est pas le seul, qui pâtit des secousses financières. L'économie réelle est à son tour touchée.

L'analyse de Daniel Bouton, président de la Fédération des banques françaises :

LE SCAN ÉCO - Ces crédits hypothécaires destinés aux seuls ménages américains modestes se sont retrouvés à l'origine d‘une crise économique mondiale. Explications.

• Qu'est-ce que les subprimes?

Les subprimes sont des prêts immobiliers accordés à partir des années 2000 à des ménages américains qui ne remplissent pas les conditions pour souscrire un emprunt immobilier classique. Alors que les emprunteurs traditionnels sont dits «prime», ces ménages modestes sont ainsi appelés «subprime». Un nouveau mécanisme financier leur ouvre un accès au crédit: les emprunts qu'ils contractent sont gagés sur la valeur de leur bien immobilier, qui ne cesse de grimper. Certains le sont même sur les plus-values latentes que ces ménages pouvaient espérer réaliser.

Au début des années 2000, les investisseurs sont friands des titres financiers générés en assemblant ces crédits hypothécaires - ce qu'on appelle la titrisation. Dans un contexte de taux très bas et de liquidités abondantes, ils recherchent des placements qui présentent un rendement plus élevé. L'offre et la demande concordent pour favoriser l'essor des subprimes: ils représentent 13% des prêts immobiliers en 2007 contre 2,4% en 1998.

• Pourquoi les subprimes sont-ils à l'origine d'une crise financière?

L'endettement des ménages américains atteint ses limites après quelques années. Les prix de l'immobilier plafonnent avant de s'effondrer: au milieu de l'année 2006, ils connaissent leur chute la plus forte depuis plus d'un siècle. Parallèlement, les taux directeurs remontent, si bien que tous les facteurs qui concouraient au succès des subprimes se sont retournés pour favoriser leur chute. Nombre de ménages ne peuvent plus honorer des mensualités qui devaient augmenter avec le temps, d'autant plus fortement dans certains cas que les taux en étaient variables. Les biens immobiliers d'une partie des ménages insolvables sont saisis, ce qui entretient la chute des prix immobiliers. Un cercle infernal.

Les banques pâtissent de leur côté de la dévalorisation des actifs adossés à ces prêts immobiliers. A partir de l'été 2007, elles passent chaque trimestre dans leurs comptes des dépréciations d'actifs. Surtout, la dissémination des subprimes via la titrisation a suscité un climat de défiance. Puisque personne ne sait exactement qui détient quoi, les banques cessent d'avoir confiance entre elles et de se prêter. C'est la crise de liquidités. Au total, le FMI estime que la crise des subprimes aura coûté aux banques quelques 2200 milliards de dollars.

• Comment la crise des subprimes a-t-elle pu s'étendre à l'économie réelle dans le monde entier?

La majorité des pays ont été affectés par la crise de 2008. Pourtant, seuls des ménages américains avaient contracté des prêts immobiliers douteux, octroyés par des établissements bancaires principalement américains. Comment cette seule allumette a-t-elle pu enflammer le monde entier? Les subprimes n'étaient pas détenus que par des établissements financiers américains. Les banques européennes avaient elle aussi investi dans ces placements juteux. BNP Paribas annonce par exemple en août qu'elle gèle trois fonds composés de titres adossés aux subprimes, pour deux milliards d'euros. Le montant n'est pas colossal, mais là encore, la confiance est entamée. Pour restaurer leurs ratios de solvabilité, les banques restreignent l'accès au crédit, ce qui se répercute sur l'économie réelle: les ménages doivent réduire leur consommation et les entreprises ont plus de difficultés à investir. L'interdépendance des économies via le commerce mondial fait le reste.

• Quelles conséquences encore aujourd'hui de la crise des subprimes?

Avec la crise des dettes souveraines en 2011, l'épicentre de la crise se déplace en Europe. Pour ranimer leurs économies moribondes et sauver leurs banques, les États injectent en effet massivement des liquidités, et pour ce faire, s'endettent. Entre 2007 et 2014, la dette publique mondiale croît au rythme de 9,7% par an, contre 5,8% avant la crise, selon le cabinet McKinsey. C'est 25.000 milliards d'euros de dettes supplémentaires! En Europe, des inquiétudes naissent autour de la solvabilité de certains pays de la zone euro, situés en périphérie. Si l'action de la BCE a permis, depuis 2012, de calmer l'inquiétude des marchés, le taux d'endettement de la France, de l'Espagne, de l'Italie ou encore du Royaume-Uni demeure encore aujourd'hui très élevé, et constitue une source d'inquiétudes.

Les banques, elles, se sont en revanche plutôt désendettées. Echaudés par la crise des subprimes, les États ont en effet durci les règles de la finance mondiale. Les ratios de fonds propres exigés au sein des banques ont été renforcés, de même que les moyens alloués aux autorités de supervision. Un autre objectif de ces nouvelles règles, dites de Bâle 3, est de faire maigrir les banques “too big to fail” («trop grosses pour faire faillite»), que les États ont été contraints de sauver durant la crise. «La solution, pour faire simple, est de rendre les banques d'autant moins rentables qu'elles sont grandes», expliquait récemment Charles Wyplosz, professeur d'économie internationale à l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève, dans une tribune au Figaro. La transformation des mastodontes de la finance en établissement «small and beautiful» est encore loin d'être achevée, mais elle est en marche.

Découvrez l'analyse du secteur financier européen et américain sept ans après Lehman Brothers par Kyril Courboin, président de JP Morgan:

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